Libreville,
Gabon (Gabonpage) – Bilan des récentes
commissions de renouvellement et
d’attribution des bourses pour l’année
académique 2008-2009 : critères d’accès à
une bonne école dans les pays du nord,
retard dans le paiement des bourses et frais
de scolarité, coût de formation d’un
étudiant gabonais à l’étranger, adéquation
formation-emploi (…). Guillaume Moutou,
Directeur général des bourses et stages dit
tout dans une interview exclusive sur
Gabonpage.com. Une grande première pour cet
universitaire hyper discret.
Gabonpage.com :
Les sessions de renouvellement et
d’attribution de bourses aux nouveaux
bacheliers viennent de s’achever. Quel est
le bilan de ces deux sessions dont les
résultats auront un impact sur l’année
académique 2008-2009 ?
Guillaume Moutou : Merci de votre
intérêt pour les activités de la Direction
générale des bourses et stages, surtout
pendant cette période de fin d’année
académique, une période au cours de laquelle
nous avons pris de nouvelles résolutions.
IL Y AURA 14 000
BOURSIERS EN 2009 CONTRE 13 000 EN 2008
Le bilan ? Il faut retenir que le nombre de
demandes de bourses augmente d’année en
année. S’il faut considérer les dossiers en
instance, du fait qu’ils soient incomplets,
nous arriverons autour de 8 000 nouvelles
demandes cette année. Nous prévoyons au
terme de toutes les commissions qu’il aura
environ 14 000 boursiers en 2009. Ce qui
semble être déjà considérable. Il y a 2 ans,
nous étions à 14 000. Une politique de
maîtrise de dépenses a ramené le nombre de
boursiers à 13 000 en 2007. L’augmentation
est maîtrisée.
Nous avons constaté avec satisfaction que
les dossiers sont de plus en plus complets.
Les étudiants ayant déposé ces dossiers
peuvent poursuivre de très bonnes études en
application des instructions des plus hautes
autorités du pays, notamment le président de
la République, Omar Bongo Ondimba pour qui
la jeunesse est sacrée.
Grâce aux instructions du chef de l’Etat, de
plus en plus d’étudiants vont dans
d’excellentes écoles aux Etats – Unis, au
Canada et en Allemagne. En contre partie les
études coûtent excessivement chères. Lorsque
vous êtes inscrit dans un établissement qui
se trouve dans la circonférence des grandes
écoles en France, les coûts de formations
commencent à partir de 10 à 15 millions de
FCFA et cela devient très difficile. Pour 10
étudiants seulement, vous êtes déjà à plus
de 100 millions de FCFA. Nous faisons face à
ces difficultés parce que le budget n’est
pas élastique.
Gabonpage.com : Vous êtes accusé de
sectarisme, de tribalisme et de régionalisme
dans l’attribution des bourses dans les
meilleures écoles ou les grandes nations. Il
semblerait que ce sont des destinations
réservées aux fils à papa ?
LES MEILLEURS ETUDIANTS ONT DROIT AUX
MEILLEURES ECOLES
Guillaume Moutou : Non ! Rassurez
vous, ceux qui vont aux USA, au Canada et en
France… sont les étudiants méritants.
C'est-à-dire ceux qui ont obtenu au 1er
trimestre, 2e trimestre et 3e trimestre de
l’année scolaire une moyenne supérieure ou
égale à 12/20. Et cela, quelque soit votre
origine sociale. Autrement dit, la balle est
du côté des étudiants qui doivent bien
apprendre et des parents pour l’encadrement
adéquat de leur progéniture.
Gabonpage.com : il semblerait que le nombre
de boursiers pour l’étranger est toujours
important ?
Guillaume Moutou : Si on se réfère
aux années antérieures, sur les 14 000
boursiers il fut un temps où nous avions
pratiquement 7 000 au Gabon et 7 000 à
l’étranger. Depuis environ 2 ans, la
tendance commence à s’inverser. Aujourd’hui
nous avons environ 8 000 au Gabon et 6 000 à
l’étranger.
Gabonpage.com : Pourquoi tous les
jeunes veulent-ils aller étudier à
l’étranger ?
ON FAIT DES BONNES ETUDES AU GABON
Guillaume Moutou : Le diagnostic de
notre système est connu de tout le monde. La
1ère raison évoquée par les parents et les
étudiants est qu’au Gabon il y a trop de
grèves. Il vaut mieux donc aller étudier à
l’étranger où les grèves ne sont pas
répétées. Pourtant, je puis rassurer les
parents que l’on fait de bonnes études au
Gabon. Nous constatons lors des commissions
de renouvellement qu’il y a des étudiants
qui n’ont jamais redoublé de la 1ère jusqu’à
la dernière année. On ne peut donc pas
affirmer qu’au Gabon on ne peut pas réussir.
Si vous regardez nos institutions et nos
grandes entreprises, il y’a là des personnes
qui ont étudié ici. Ils n’ont obtenu aucun
diplôme des universités étrangères. Beaucoup
de nos étudiants qui ont fait des études
dans nos universités et grandes écoles
occupent aujourd’hui des postes de
commandement au sein nos administrations
publiques et privées. C’est la preuve qu’ils
ont été bien formés sur place.
Gabonpage.com : Quels sont les
critères pour obtenir une bourse d’études ?
Guillaume Moutou : Nous priorisons
les orientations au Gabon. Pour aller
étudier à l’étranger il faut avoir 12/20 de
moyenne sur l’ensemble des trois trimestres
de l’année scolaire. Cependant, il arrive
que la commission nationale d’attribution de
bourses revoie à la baisse cette exigence
pour retenir les dossiers des candidats
ayant obtenu une moyenne égale ou supérieure
à 11,50/20 et qui souhaitent entreprendre
des études dans des filières jugées
prioritaires pour le pays. Au reste, je me
dois de rassurer tous les parents dont les
enfants ne sortiront pas du pays que chez
nous, on peut aussi bien faire ses études et
réussir sa vie.
Questions :
Combien coûte la formation d’un étudiant
gabonais à l’étranger ?
L’ETUDIANT GABONAIS LE PLUS CHER VAUT 22
MILLIONS DE FCFA
Guillaume Moutou : En Allemagne par
exemple un étudiant coûte environ 8 millions
de FCFA par an. Il s’agit d’un chiffre
moyen. En Afrique du sud 4 millions de FCFA,
au Canada 8,5 millions de FCFA, en France 2,
285 millions de FCFA, aux Etats-Unis 9, 711
millions de FCFA, nous allons même jusqu’à
25 millions FCFA.
Le Gouvernement a donné des instructions
fermes, les meilleurs vont dans les grandes
écoles du monde. Si les parents veulent que
leurs enfants apprennent dans ces grands
pays, ils ont l’obligation de les mettre au
travail et l’Etat accompagnera ces enfants
jusqu’au terme de leurs formations.
Gabonpage.com : L’Etat investit
énormément pour la formation des jeunes
gabonais. Paradoxalement, ces étudiants
formés à coût de millions viennent souvent
grossir les rangs des chômeurs. Que vous
inspire cette situation?
Guillaume Moutou : Comme je le disais
tantôt, la direction générales des bourses
et stages n’est qu’un partenaire de notre
système éducatif. Notre rôle se limite
essentiellement à l’encadrement des
étudiants en formation.
Gabonpage.com : La décision
d’attribuer une bourse répond-t-elle à
l’exigence de l’adéquation formation-emploi
?
Guillaume Moutou : Nous ne
travaillons que sur les orientations de
l’Etat. Celui-ci a mis en place, il y a
quelques années, des commissions inter
ministérielles afin de retenir des
programmes jugées prioritaires pour le pays.
Cela, en fonction des attentes des
administrations privées et publiques.
Gabonpage.com : Monsieur le directeur
général, votre administration fait souvent
l’actualité. Les étudiants prennent en otage
le personnel de nos représentations
diplomatiques en raison du non versement à
temps des bourses. Votre réaction ?
PAS BEAUCOUP DE CRIS DE DETRESSE
D’ETUDIANTS CETTE ANNEE
Guillaume Moutou : C’est un problème
très technique. Il m’est difficile de donner
une opinion là-dessus. La direction générale
des bourses et stages et plusieurs
institutions doivent travailler en synergie
et nous nous efforçons de le faire. Tous les
acteurs de la chaine de dépenses de l’Etat
sont impliqués. Nous nous réunissons à cet
effet très régulièrement. Cette année, je
crois qu’il n’y a pas eu beaucoup de cris de
détresses parce que tout le monde a compris
qu’il faut qu’on travaille en synergie.
Nous sollicitons la compréhension des
parents. En effet, il peut y avoir des
difficultés dans l’exécution de ce qui a été
initié. Par exemple, des retards de paiement
des écoles et des bourses. Mais notre souci
constant est de trouver des solutions pour
permettre à nos étudiants d’apprendre dans
les meilleures conditions. La synergie doit
aussi impliquer la responsabilité des
parents.
Gabonpage.com : Les étudiants disent
qu’il faut la grève pour payer les bourses.
Guillaume Moutou : Ce n’est pas
forcément cela. Vous savez, les étudiants
sont généralement informés du niveau
d’avancement du dossier de paiement de la
bourse. Ils mettent la pression pour qu’ils
soient payés avant le terme du trimestre.
Selon les textes, la bourse n’est payée
qu’avant le terme du trimestre. Quand on
arrive au dernier mois du trimestre, ils
commencent à s’échauffer. Heureusement, le
problème est déjà résolu avec la carte de
paiement du Trésor public. Les étudiants
perçoivent chaque mois leur bourse dans
leurs comptes. Je profite pour saluer le
concours de notre collègue du trésor public
qui a mis en place ce système.
DANS CERTAINS PAYS
LA BOURSE EST PREFINANCEE
Gabonpage.com : Mais pourquoi les
mêmes difficultés ne se posent-elles pas
pour les étudiants inscrits en France ou en
Allemagne ?
Guillaume Moutou : En France, en
Allemagne et au Canada, nous avons des
conventions avec des organismes : le CROUS
en France, le CDC en Allemagne, et le 16e
Saint-Jean Richelieu au Canada. Ces
organismes font des prévisions quand la
bourse n’arrive pas à temps, ils peuvent
préfinancer les bourses et nous les leur
remboursons par la suite.
Gabonpage.com : Votre administration
est un maillon important du système
éducatif. Votre siège est non pas seulement
étroit, mais très vétuste. Une situation
inconcevable.
Guillaume Moutou : En effet, ce
bâtiment date de 1926. Il a été construit
avec des matériaux de l’époque. Il arrive à
certains de se demander si ce bâtiment ne va
pas un jour ou l’autre s’écrouler en
comparaison avec ceux qui étaient autour de
nous qui se sont écroulés il y’a longtemps.
Le souhait est que la direction générale des
bourses et stages soit dotée d’un bâtiment
moderne digne de la mission que cette
structuré assure pour le pays. Je sais aussi
que c’est une préoccupation de nos
dirigeants et nous sommes persuadés que des
solutions vont être trouvées très
rapidement.
Gabonpage.com : Un dernier mot ?
IL N’Y A PAS DE MIRACLES
POUR LES RECOURS
Guillaume Moutou : Les deux
commissions ont déjà siégé, la première
commission c’est celle de renouvellement et
la seconde, c’est celle de l’attribution des
bourses. Nous avons également bouclé cette
commission. Pour ceux qui ne sont pas
satisfaits des résultats, nous donnons
généralement un mois pour introduire un
recours. Nous nous attelons déjà sur les cas
qui sont directement de notre compétence.
Les recours seront examinés lors de la
prochaine commission dite restreinte qui
aura lieu après la prochaine rentrée,
précisément vers la fin du mois d’octobre ou
en début novembre. Je voudrais pour
terminer, rendre un vibrant hommage aux
hautes autorités du pays en tête desquelles
le Chef de l’Etat, son Excellence Omar Bongo
Ondimba pour l’intérêt qu’il n’a de cesse
d’accorder à l’éducation et à la formation
de la jeunesse gabonaise.
Propos recueillis par Martin Safou et
Clémence Dep :(Gabonpage) Libreville,