|
Gabon: Religion

La crise financière omniprésente au marché du mouton (reportage)
Libreville, Gabon (Gabonpage) – Au marché circonstanciel du mouton à Petit Paris dans le 3ème arrondissement de Libreville, les bêtes à sacrifier pour l’Aïd el Kébir, sont plus nombreuses que les candidats prêts à faire le sacrifice à cause de la crise financière internationale.
Dimanche en milieu d’après midi, Youssoufa Baba, jeune camerounais de 26 ans était plus inquiet que serein. Plus le temps passait, plus ses espoirs de réaliser le chiffre d’affaires qu’il escomptait depuis des mois s’éloignaient. L’année dernière à cette même heure, il avait déjà empoché plus de 6 millions de FCFA. A la fin de la vente, il s’était tiré avec une précieuse enveloppe de 10 millions de FCFA. Cette année, son rêve semble tourner au cauchemar. « Les clients marchandent trop et on est obligé de les comprendre », dit le jeune qui veut épouser sa femme et fonder une famille avec les recettes de cette campagne.
Cependant, « il y a moins de clients cette année », dit-il, le regard fixé mais perdu sur son troupeau de béliers bien engraissés.
Fils de pasteur, Youssoufa Baba, réside dans l’Adamawa au nord du Cameroun. Il est un habitué de ce marché saisonnier du mouton. Youssoufa passe une année entière à acheter des agneaux qu’il engraisse avant de parcourir des milliers de kilomètres par voiture, par train et par bateau pour les écouler sur le marché librevillois à l’occasion de la célébration de la l’Aïd El Kebir.
SUR LA ROUTE DU MOUTON
Tous les moutons vendus dans le marché de Petit Paris viennent en effet de très loin. Les béliers tachetés de noir viennent du Tchad alors que les moutons à la pelure blanche sont importés du Cameroun.
Pour les moutons tchadiens, le premier poste d’échange est Koussery, ville camerounaise située en Face de N’Djamena de l’autre côté de la rivière Logone, qui se jette dans le Chari à N'Djamena. De Koussery, les moutons sont embarqués dans des gros camions à destination de Ngaoundéré, une des gares du chemin de fer camerounais. De cette localité, ces ″moutons de panurge″ sont chargés dans le train pour Yaoundé, la capitale, avant un dernier parcours en camion dans le territoire camerounais. C’est au port de Douala qu’ils font leurs adieux au Cameroun.
Entassés dans les cales des bateaux, ces animaux débarquent au port mole de Libreville ou au port d’Owendo avant d’être acheminés à petit Paris, leur avant-dernière destination, précédant le chemin du sacrifice.
AVALANCHE DE TAXES
L’Afrique centrale ne dément pas sa réputation de l’une des régions la plus renfermée du continent noir. Le trafic de ces marchandises du Tchad et du Cameroun vers le Gabon contredit tous les discours officiels sur l’intégration régionale claironné par les dirigeants lors des sommets organisés dans les luxueux palaces des six pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale et Tchad.
« Nous payons la douane à la sortie du Tchad, à l’entrée du Cameroun et à l’entrée du Gabon, c’est trop », suffoque Youssoufa qui se demande à quand la libre circulation des biens et des personnes dans la CEMAC. La douane n’est pas l’unique casse-pied pour les importateurs de moutons. Ils sont également assujettis à payer des taxes phytosanitaires et autres impositions. Le réseau routier régional, quasi inexistant, n’arrange pas le business.
Conséquence, un mouton vendu à 60 000 FCFA au Tchad revient à 350 000 FCFA voir plus à Libreville. Seuls les riches commerçants et quelques privilégiés ont pu respecter cette année le principe sacré du coran : le sacrifice d’un mouton. Les autres n’ont eu que leur foi pour se consoler. 
Les nombreux moutons restés sur le carreau, attendent désormais la visite des bouchers. Vendus à vil prix, ils se retrouveront dans quelques jours sur les barbecues pour une vente au détail à une clientèle différente de la cible initiale.
|